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Interview de Charles Schneider

j’avais quelque chose à défendre à travers l’instrument et non plus seulement chercher à jouer le mieux possible...


Voir en ligne : Site officiel de Charles Schneider

Stéphane Bihan : Qu’est ce qui vous a incité à démarrer la musique ? Quelles on été vos premières influences ?

Charles Schneider : Mes premières influences décisives, je les ai vécues à travers mon frère, de 8 huit ans mon aîné.

A la fin des années soixante, j’ai vu arriver à la maison les premiers 45 tours d’Hendrix. Zappa et le Jazz moderne ont suivi peu de temps après. C’était tout autre chose que mes gentils Beatles et Delaney and Bonnie (lien vers video) . Je pense que cela a posé un problème au gamin de huit dix ans que j’étais alors.

Je ne sais comment s’y prenait mon frère car il avait un goût archi-sur : le meilleur était là et à profusion. Je n’avais pas vraiment le droit d’écouter ses disques alors qu’il était en internat, mais je le faisais quand même. Tout cela recelait bien des mystères pour moi. Je me souviens d’être resté fasciné devant la pochette de "Black Johnson" de Miles dans une vitrine. Mon frère m’avait dit que je n’étais pas encore prêt à écouter ça. Qu’est-ce qu’il pouvait bien y avoir là-dedans ? La notion d’initiation était donc très présente dans mon approche de la musique.

Et puis j’ai reçu le "Coltrane at Village Vanguard". Je me souviens m’être levé à 6 heures du matin pour l’écouter parallèlement au "4 way street" de Crosby (lien video), Still, Nash and Young. Mon frère et ma soeur aînée commençaient à exprimer des points de vue politiques à la maison. Sans tout reconstruire à posteriori, j’ai le sentiment qu’à cette époque bien des choses étaient liées, se consacrer à la musique n’était aucunement une fuite devant les réalités concrètes.

Plus tard, durant mon adolescence mes saxophonistes favoris ont été un trio d’européens : le beaudelairien François Jeanneau, l’instinctif Jan Garbarek et le bon vivant John Surman. Le Liebman de ces années soixante-dix me fascinait aussi, ainsi que Warne Marsh que m’avait conseillé un excellent marchand de disques qui avait pris à coeur de compléter ma culture. Son langage m’était très obscur mais je l’écoutais tout de même avec beaucoup de plaisir et sûrement une petite dose de snobisme, je l’avoue volontiers.

Mais Miles et Rollins ont toujours été des princes absolus pour moi.

SB : Avez vous démarré la musique par le saxophone ? Pratiquez vous d’autres instruments ?

CS : Flûte à bec, piano puis clarinette. J’ai aussi passé de nombreuses heures à faire du re-recording avec mon magnétophone en tapant sur des trucs, en jouant de ma clar. Comme j’étudiais l’électronique avec des boîtes d’initiation Philips, mon père m’avait offert ce magnétophone pour mes onze ans.

Ensuite j’ai beaucoup joué d’oreille avec un ami batteur et sa mère au piano, elle connaissait tout plein de mélodies dont je n’ai plus aucun souvenir.

Évidemment, on jouait aussi sur des disques que l’on passait à plein tube dans sa cave.

SB : Durant vos études et vos premières expériences professionnelles, quel était votre rapport au travail de l’instrument ? Quels éléments vous ont fait progresser de façon radicale ?

CS : A l’âge de seize ans , j’ai commencé à intégrer des orchestres de styles fort différents parfois au côté d’excellents saxophonistes. (Maurice Magnoni et Robi Seydel par ex). Je pense qu’en dehors de mes heures de travail solitaire et passionné, c’est évidemment eux qui m’ont le plus apporté par l’exigence et la qualité même de leur jeu.

Puis j’ai commencé à écrire ma musique et c’est devenu plus sérieux : j’avais quelque chose à défendre à travers l’instrument et non plus seulement chercher à jouer le mieux possible.

Plus tard quelques cours avec Joe Allard m’ont apporté une approche de l’instrument peu dévoilée à cette époque en Europe, me semble-t-il.

SB : Et maintenant, avez vous besoin de "travailler" régulièrement pour maintenir vos acquis ? Quelles sont vos pistes de développement ?

CS : Oui, j’ai besoin de jouer de mon instrument régulièrement, ne serait-ce que parce que cela fait partie de mon équilibre. Il m’arrive de peu pratiquer, ce ne sont pas les jours plus heureux ou alors il s’agit de périodes durant lesquelles j’écris de la musique.

Je n’aime pas jouer du saxophone sans avoir pu m’y préparer, mentalement en tous cas. A chaque fois j’ai le désir de l’approcher avec soin. J’ai besoin de ma petite dose de préliminaires.

SB : Quel rapport entretenez vous avec le matériel ? Le choix des saxes, des becs et des anches a-t-il été un problème ? Ou l’est-ce encore ?

CS : Oui, c’est une curiosité que je garde toujours, notamment à travers les forums d’internet. Mais je ne m’occupe que d’un élément de l’instrument après l’autre. Cette année, il s’agit des bocaux.

J’ai néanmoins déjà des projets concernant un changement à opérer dans les mois à venir : repasser à un bec métal au ténor. Mais je ne me précipite pas et au final je change peu de matériel.

Quant aux anches, je pense qu’il me faudrait un jour apprendre à les confectionner moi-même. Cela serait plus raisonnable en tous cas au niveau financier. Mais les outils nécessaires coûtent encore fort chers.

SB : Jouez vous de tous les saxophones ? Est-ce un problème de passer de l’un à l’autre, voir à d’autres instruments à vents ?

CS : Je ne joue plus que du ténor et du soprano. Il s’agit chez moi de deux facettes musicales et tournures d’esprit différentes.

Je me pose bien plus de questions au sujet du ténor, notamment au niveau du langage. Mais je vois aussi des choses que je pourrais améliorer dans mon jeu de soprano ! Pour l’instant ce n’est pas une priorité.

Je ne me souviens plus des problèmes d’embouchure qu’a pu me poser le fait de passer de l’un à l’autre. Il s’agissait plutôt du simple problème de bien jouer chacun d’eux.

Curieusement mes élèves ont peu de difficultés à jouer des deux instruments !

SB : Pour vous y a-t-il des différences entre la pratique classique et la pratique jazz/moderne du saxophone ?

CS : Je pense que bien que ces deux mondes soient de plus en plus perméables, il y a des différences notables d’approche artistique. Les priorités me semblent être différentes.

Cela me rappelle un grand échiquier dans lequel Maurice André avait répondu à cette question en jouant la mélodie de "My funny valentine" et en demandant à Dizzy Gillespie de la jouer ensuite. Il y avait vraiment un monde entre ces deux musiciens, ne serait-ce qu’au niveau de l’articulation de la mélodie et de la sonorité.

J’ai tendance à ne trouver un enrichissement du saxophone classique qu’à travers l’interprétation de musiques contemporaines. Alors qu’évidemment je ne ressens pas la même chose avec la clarinette car elle participe pleinement de grandes périodes de la musique : Brahms, Mozart, Beethoven, Strawinski, etc. En musique contemporaine classique, elle reste aussi un de mes instruments favoris.

Mon premier vrai professeur de musique a été le clarinettiste Robert Kemblinsky de l’Orchestre de la Suisse-Romande, je pense qu’il m’a marqué à vie.

Il reste qu’un des grands intérêts à pratiquer du saxophone classique est qu’il y a sûrement beaucoup à faire maintenant, tout de suite.

SB : Quel rapport entretenez vous avec l’improvisation ?

CS : Pour moi, c’est la possibilité de la liberté, une des possibilités en tous cas. Cela recoupe mon vécu de depuis toujours, comme je le raconte au début cet entretien.

De toute façon, créer en improvisant avec d’autres musiciens est passionnant et grisant. Quand l’inspiration est là, évidement. Sinon c’est du rabâchage de contrevérités.

SB : Dans quelle mesure un apprentissage précoce de l’improvisation favoriserait-il une appropriation plus saine de l’instrument ?

CS : Avant l’improvisation elle-même c’est l’apprentissage oral qui me semble vraiment bénéfique dans l’apprentissage du saxophone.

L’improvisation viendra juste derrière, de façon naturelle me semble-t-il.

Le chant intérieur me semble primordial au début de l’apprentissage du saxophone, et dans les faits peut-être plus qu’avec d’autres instruments. Notamment au niveau du timbre du son afin de ne pas sonner comme un affreux crapaud.

SB : Vous administrez un site internet avec un gros contenu sur les instruments à vent et de nombreux liens qui en font un des portails sur le saxophone les plus riches en langue francophone. Qu’est ce qui vous a incité à faire ça ? http://chnani.club.fr/ejma.html

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